Salle 03

Les voix de
l’invisible


















































































Le theremin au cinéma et la naissance d’une esthétique de l’étrange (1945–1965)



Le corps a disparu,
mais le son demeure.
         Le theremin devient la voix des fantômes,
des amants perdus et des mondes inconnus.













































a. Hollywood : une industrie du son






Après 1945, le theremin entre dans l’économie des studios hollywoodiens : sessions rapides, musiciens de studio, exigences de précision. Dans ce cadre, l’instrument devient une couleur immédiatement identifiable, utile dès qu’il faut traduire l’angoisse ou l’étrangeté, tout en, semble-t-il, offrant en un geste, une tension continue que l’orchestre classique produit plus difficilement.












Miklós Rózsa 










Une figure s’impose alors : Samuel J. Hoffman, thereministe basé à Los Angeles. En 1944, Miklós Rózsa le contacte, il est alors présenté comme le seul thereministe référencé par le syndicat capable de lire la musique, et Hoffman enregistre le theremin pour Spellbound (1945) puis The Lost Weekend (1945).




























b. De l’invention à l’émotion sonore







Alors que son inventeur est toujours prisonnier du système soviétique,
l’instrument voyage librement à travers le monde, porté par le cinéma américain.



Il devient la voix de l’invisible, un son à la fois humain et spectral.










Les compositeurs de films s’en emparent pour traduire ce que l’image ne peut dire :









Miklós Rózsa, dans Spellbound (1945) d’Alfred Hitchcock,
utilise le theremin pour exprimer les troubles mentaux et la psychanalyse.








Dans The Lost Weekend (1945), il traduit l’angoisse de l’alcoolisme.










Puis dans The Day the Earth Stood Still (1951), Bernard Herrmann en fait la voix du visiteur extraterrestre : le theremin devient le son du cosmos, celui de la différence et de la peur.















Le public découvre une musique sans instrument visible, presque vivante, qui tremble, glisse, gémit.
Le theremin symbolise l’Autre : la folie, le rêve, l’extraterrestre.
























c. Standardiser l’étrange : la contrainte fabrique des variantes






Mais Hollywood impose une contrainte : il faut que le son soit reproductible. Or le theremin est instable, sensible à la pièce, à la distance, à la température.

Les studios poussent donc vers une logique nouvelle : stabiliser, guider, rendre fiable.


C’est dans ce contexte que s’active un intérêt pour des solutions hybrides comme le fingerboard theremin / theremin cello, pensé pour sécuriser l’intonation, et que certains films vont jusqu’à élargir l’arsenal électronique. Herrmann, par exemple, utilise deux theremins dans The Day the Earth Stood Still.



   Bernard Herrmann






Cette exigence de contrôle prépare la suite : si l’on veut que le theremin vive au-delà du studio et devienne un instrument diffusé, il faut qu’il puisse être fabriqué en série, documenté, vendu, et c’est précisément ce que va commencer à faire Robert Moog avant même l’ère du synthétiseur.






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